PHYSIQUEMENT :
Il marche bien, il est propre dans la journée, mais certains font encore pipi au lit. Il a encore
besoin de faire la sieste. Il a besoin d’une vie régulière. Il doit manger et se coucher à heures
fixes. Il aime tous les jeux de mouvements. A besoin de rapports physiques : jeux de
confrontation, contacts affectifs.
INTELLECTUELLEMENT :
C’est l’âge où il pose des questions. À l’école, il commence à apprendre à lire. Il commence à
reconnaître sa droite de sa gauche. Il parle de plus en plus avec les autres et devient plus attentif.
C’est de moment de lui faire connaître et apprécier le livre, les histoires. Il aime les puzzles, les
labyrinthes... Il aime dessiner, fabriquer des objets simples, qui ne demandent pas une trop
grande dextérité.
SEXUELLEMENT ET AFFECTIVEMENT :
Il réalise que les filles et les garçons sont différents. Il est sensible aux avis des adultes. Il a besoin
d’affection, de sécurité, parfois de solitude. Il aime parfois jouer seul. Il faut absolument
respecter ses rythmes.
EN COLLECTIVITÉ :
Il est très sociable. Il commence à apprécier les jeux collectifs proposés par les animateurs, mais
il préfère encore souvent jouer seul. Il ne faut pas le forcer. On peut lui proposer des rondes, des
jeux chantés, des histoires...
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03-05-La timidité

Votre enfant se réfugie derrière vous en présence d’inconnus, rougit quand on lui adresse la parole… Comment expliquer son comportement ? Cette timidité peut-elle être d’origine familiale ? Si elle le fait souffrir, de quelle façon l’aider ? Réponses et conseils de Lyliane Nemet-Pier, psychologue et psychanalyste.

 

Dans certaines familles, on est timide de génération en génération. Ce trait de caractère serait-il héréditaire ?

Lyliane Nemet-Pier : Jusqu'à présent, on n'a pas décou­vert de gène de la timidité ! Quant à dire s'il existe une prédisposition bio­logique expliquant le rougissement du visage, les mains moites et le cœur qui bat, c'est possible, mais on ne peut pas l'affirmer non plus. 

En revanche, ce que l'on connaît bien, ce sont les phénomènes d'identifi­cation entre les enfants et leurs pa­rents. Dans une famille qui vit très fermée sur elle-même, considère le monde extérieur comme menaçant, préfère rester en retrait que tisser des liens avec les autres, un enfant pourra avoir tendance à imiter cette façon d'être et, du coup, ne pas se sentir à l'aise dans ses relations sociales. 

Il craindra d'aller dormir chez un copain, aura peur de se retrouver en présence d'autres adultes que ses parents.

 

La timidité se construirait donc au sein de la famille ?

L. N.-P. : Il est clair que l'influence du milieu familial est importante dans cette affaire. Si, par exemple, une maman est tellement fusionnelle avec son enfant qu'elle fait toujours tout à sa place, celui-ci ne pourra acquérir aucune confiance dans ses propres capacités à faire les choses. Résultat, il se repliera sur lui-même, ne s'au­torisera pas à oser.

Ou bien, si des parents se montrent tout particulièrement exigeants avec leur enfant, tiennent des propos cinglants, voire parfois humiliants, là encore, il souf­frira d'une piètre estime de soi qui l'empêchera de s'affirmer.

Autre cas de figure possible pouvant engen­drer de la timidité : l'enfant qui ne parvient pas à se faire entendre dans sa famille, dont on n'écoute pas la parole. Soit parce que ses frères et sœurs sont envahissants, soit parce qu'on lui met une tétine-bâillon dans la bouche ou qu'on le plante devant un écran pour avoir la paix plutôt que de l'écouter.

Comment voulez-vous ensuite que cet enfant, habitué à ce qu'on ne l'entende pas, par­vienne aisément à s'exprimer en public, à aller vers les autres ?

Un enfant timide a-t-il besoin d’aide ?

Lyliane Nemet-Pier : Très certainement. Plus tôt on met­tra en place des solutions pour l'ai­der à dépasser cette difficulté, plus elle aura de chance de s'atténuer en grandissant. Se persuader que ça passera tout seul ou bien se ras­surer en se disant que soi-même on a bien fait sa vie, même en étant timide, sont des écueils à éviter…

Concrètement, que faire pour aider son enfant timide ?

L. N.-P. : J'insisterai tout d'abord sur ce qu'il ne faut pas faire ! Il est ainsi essen­tiel de ne pas le brusquer, de ne pas le mettre dans des situations de sociabilité forcée pour le pous­ser coûte que coûte à dépasser son inhibition… 

Par exemple, en l'obligeant à aller parler à des en­fants qu'il ne connaît pas dans un square. Cela aurait pour seul ré­sultat de le bloquer encore davan­tage. À ne pas faire non plus : par­ler de lui à la famille, aux amis, aux voisins, aux enseignants, en disant systématiquement : “Le pauvre, il est tellement timide.” Il se senti­rait stigmatisé, catalogué. 

Ces éti­quettes que l'on colle aux enfants sont ennuyeuses dans la mesure où ceux-ci finissent par s'y confor­mer, puisque c'est la seule image d'eux qu'on leur renvoie.

 

Quelle est la bonne attitude à adopter ?

L. N.-P. : Il est judicieux de mettre un enfant timide en situation de faire des choses tout seul et de les réussir, tout en douceur et surtout sans évoquer sa timidité. Ainsi, plutôt que de lui dire : “Tu vas aller acheter le pain tout seul, après ça tu seras moins timide”, mieux vaut opter pour une voie détournée : “Veux-tu entrer dans la boulangerie acheter la baguette ? Je t'attends sur le trottoir, car je suis trop chargée.” 

Entouré et accompagné de cette fa­çon, il prendra petit à petit confiance dans ses capacités à relever des défis, à aller vers les autres. La pra­tique d'une activité, en dehors de la famille et de l'école, et dans laquelle il réussira, s'épanouira, peut aussi l'aider.

Quelles activités recommander pour un enfant timide ?

Attention aux carica­tures : on conseille toujours aux ti­mides de faire du théâtre et du judo, alors que cela ne me semble pas vraiment approprié. Se retrouver à devoir dire un texte seul devant les autres ou à affronter un adversaire avec lequel il faut rivaliser de force, tout cela peut vite tourner à l'enfer pour un petit timide ! 

D'autres choix sont plus intéressants : pourquoi pas la chorale – une activité de groupe mais où l'enfant timide ne sera pas obligé d'occuper le devant de la scène. Le mieux est de tester différentes pistes, de voir comment son enfant réagit et de s'adapter.

 

Un enfant timide souffre-t-il ?

Lyliane Nemet-Pier : Ce n'est pas une situation très agréable à vivre ! Il redoute en permanence le regard et le juge­ment des autres, se sent toujours inférieur et incapable. Il est per­suadé qu'il ne peut qu'être ridicule, qu'on va forcément se moquer de lui. 

Il a intériorisé une image très négative de lui qui l'enferme com­plètement. Sans compter certaines manifestations physiques de sa timidité – il devient rouge comme une pivoine, il se met à bafouiller quand on lui parle – qui font qu'on le remarque encore davantage, alors qu'il voudrait se fondre dans la masse ! 

Il fait également sou­vent preuve d'hypersensibilité et d'hypersusceptibilité – il ressent tout très fortement, les remarques, les regards – ce qui complique ses relations avec les autres.

La timidité peut-elle devenir un handicap ?

L. N.-P. : Tout dépend du degré de timidité. Un enfant légèrement timide ne sera pas vraiment gêné dans sa vie et bénéficiera même peut-être d'un atout. Face à une nouvelle per­sonne qu'il rencontre, il prendra un temps de latence pour l'observer et trouver le bon positionnement par rapport à elle. 

Cela lui évitera de se lancer tête baissée dans une nouvelle relation, quitte à connaître ensuite des déconvenues ou d'avoir un comportement inapproprié : par exemple, parler à un adulte comme à un copain. Un enfant modéré­ment timide aura en général plus de finesse relationnelle qu'un en­fant trop déluré, trop familier tout de suite avec tout le monde.

Que se passe-t-il en cas d’extrême timidité ?

Un enfant vraiment très timide aura tendance à se priver de nombreuses expériences inté­ressantes et constructives du fait de son inhibition. Il refusera d'aller aux anniversaires auxquels il est invité, restera constamment en re­trait à l'école et ne participera pas, ne tentera rien, n'osera rien, n'aura aucun élan. 

Si son entourage ne fait rien pour l'aider et qu'il grandit en s'installant dans cette timidité très prononcée, il risque d'en pâtir à l'âge adulte : notamment être ame­né à renoncer à certains métiers où il est nécessaire de s'imposer, avoir des difficultés à nouer des relations amicales et amoureuses… Ce serait bien dommage !

 

 

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03-05-LES PREMIERS POURQUOI ?

Vous vous étiez jurée de toujours répondre clairement aux questions de votre enfant, de tout aborder, sans
tabous.
 Mais depuis un certain temps, ses interrogations se focalisent en dessous de la ceinture et vous ne
savez pas toujours comment lui répondre. Vous auriez même tendance à botter en touche...
« PARLER VRAI » EST UN GRAND PRINCIPE DE PSYCHOLOGIE INFANTILE. Pour se construire et avancer, le jeune
enfant a besoin de se confronter à la réalité. Pourtant, lorsqu’émargent certaines questions, notamment celles
touchant à la sexualité, les réponses n’apparaissent pas toujours aussi simples à apporter. Ces interrogations
sèment souvent le trouble chez de nombreux parents. Comment réagir ? Que dire ? Quelle est la latitude
autorisée sans prendre le risque de trop en dire ou pas assez ? Les explications d’Elodie Gabriel, psychologue
pour jeunes enfants et leurs parents.
Mais pourquoi toutes ces questions ?
« Pourquoi mon zizi, il n’est pas comme celui de papa ? », « Pourquoi, moi, de zizi, j’en ai
pas ? », « Pourquoi, moi, j’ai pas de seins ? »... Voilà qu’après vous avoir aperçus plusieurs fois, son père et vous,
dans votre plus simple appareil, votre petit garçon ou votre petite fille vous demande « Pourquoi, moi, c’est pas
pareil ? » « Selon Freud entre l’âge de 2 et 3 ans, l’enfant entame une étape de son développement, le stade
phallique, durant lequel il prend conscience qu’il y a des sexes différents, explique Elodie Gabriel. Les petits
garçons voient bien qu’ils ont un pénis, quoique peu semblable à celui de leur papa, alors que les petites filles
n’en ont pas et n’ont même pas de seins comme leur maman. Tout ceci interroge bien évidemment les enfants,
souligne le psychologue. »Alors, ils posent des questions ! Si certaines réponses peuvent être simples et
factuelles : « Tu n’as pas de zizi car tu es une fille, ce sont les garçons qui en ont !», cela risque de se corser
lorsqu’il va falloir expliquer à votre petit garçon pourquoi « son zizi à lui est plus petit et n’a pas les mêmes poils
que celui de papa ! » « Quand l’enfant se questionne ainsi sur les ‘’choses de la vie ‘’, en fait, la question
véritable tourne autour de sa vie à lui : d’où vient-il ? Qui est-il parmi les autres ? Ce qui compte, c’est de
recentrer l’enfant au cœur de l’interrogation, de lui répondre de son point de vue en lui, souligne Elodie Gabriel.
Cela le rassure d’apprendre que c’est normal de ne pas avoir de poils et que, lorsqu’il grandira, son corps se
transformera et ressemblera à celui de papa. De la même façon, la petite fille, dont le
questionnement est autre puisqu’elle n’a pas d’attributs sexuels visibles, sera d’autant
réconfortée de savoir qu’elle aussi aura un jour des seins et pourra porter des enfants »,
ajoute la psychologue.
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L’important, c’est de répondre !
« Il n’y a pas de réponse idéale, ce qui compte c’est que l’enfant se sente autorisé à poser des
questions, insiste Elodie Gabriel. Alors, si les parents peuvent essayer de répondre sans être embarrassés, c’est
mieux! Et si tel n’est pas le cas, ils peuvent se servir d’un livre, il en existe de nombreux dans la littérature
enfantine, ou s’appuyer sur l’aide d’un proche : oncle, cousine, ami, enfin quelqu’un qui est plus à l’aise avec ces
sujets. »Pas évident de trouver les mots justes lorsque votre fils vous rétorque : « Pourquoi ça ne se fait pas ? »
Tandis que vous essayez de lui expliquer que la masturbation n’est pas l’affaire de tous, mais bel et bien son affaire
à lui !
« À ce stade de son développement, l’enfant découvre l’autoérotisme, voit son corps comme source de
plaisirs sensuels, souligne la psychologue. Sachant qu’il ne connaît pas encore l pudeur, et que, pour lui, se
caresser à la même valeur que sucer son pouce. Ça lui fait du bien et il ne voit pas pourquoi il s’en
empêcherait ! »A vous de jouer en lui expliquant simplement que ces caresses qui lui procurent du plaisir ne se
font pas devant les autres, non pas parce que c’est honteux mais plutôt parce qu’elles sont réservées à son
intimité !. Pas besoin d’en parler pendant des heures et de discourir comme une encyclopédie !
Nul besoin d’entrer dans les détails
S’il ne s’agit pas de lui laisser croire que les mamans mettent au monde les bébés en faisant caca,
comme lui a expliqué sa copine d’école, il ne faut pas pour autant passer en revue les détails d’un
accouchement ! « À cet âge-là, ce ne sont pas les modalités techniques, les histoires de « tuyauterie » qui
intéressent l’enfant. Il est préférable d’éviter les précisions qui pourraient lui faire peur », comment Elodie Gabriel.
Mieux vaut laisser tomber les spermatozoïdes, les ovules et tout le toutim, et préférer la petite graine, la fleur ou
les abeilles...
À vous de choisir votre propre poésie et de répondre selon votre sensibilité ! Votre enfant sera bien
plus heureux, quand il demande « comment fait-on les bébés ? », de savoir que vous vous aimiez tellement fort,
son papa et vous, que vous avez eu envie de l’avoir, lui ! « Parler vrai, ce n’est pas parler biologie, il faut laisser la
part de magie, de mystère, ajoute la psychologue. L’intérêt d’une réponse ne tient pas dans sa véracité mais dans
le fait qu’elle renforce chez l’enfant la construction de sa confiance en lui, qu’elle aide à être narcissique. »Le
temps viendra où ces explications ne le satisferont plus, alors il vous questionnera à nouveau pour obtenir
d’autres réponses. Vous pouvez compter sur lui !
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« Est-ce que je peux laisser mon enfant de 3 ans gambader tout nu sur la plage ? »
La pudeur n’est ni innée, ni naturelle : elle est le résultat d’une éducation, d’un apprentissage.
« 3 ans me semble un bon âge pour commencer à expliquer à un enfant qu’on ne se promène pas nu
devant tout le monde, note Catherine Vannier, psychanalyste. D’ailleurs, à cet âge où il découvre la différence
entre les sexes, il ne fait en général aucune difficulté pour enfiler un maillot de bain : ne pas être livré au regard
des autres l’apaise. De même, ne pas être confronté à la nudité des adultes lui évite de se sentir écrasé et
minuscule ! »
Apprendre la pudeur à son petit tout-petit, est en quelque sorte le protéger d’un trop plein
d’excitation que la nudité peut entraîner. « Lui proposer de mettre un maillot de bain, c’est lui transmettre l’idée
que les relations entre les êtres peuvent passer par un autre biais que le corps à corps, comme quand il était
bébé et que sa maman lui donnait le sein ou le biberon.
Grandir, c’est tenir parfois le corps un peu à distance, faire de la place au langage et à la pensée.
D’ailleurs, c’est ce qui lui sera demandé sous peu s’il fait son entrée à la maternelle », complète Pascale Poulain,
psychologue.
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03-06-peur de se tromper

Beaucoup d’enfants ont peur de se tromper. Et dès qu’ils “ratent” quelque chose, c’est la panique ou la crise de rage… Que révèle cette crainte ou ce refus de l’erreur ? Comment les aider à avoir suffisamment confiance en eux pour recommencer ou essayer autrement. Les explications et les conseils de la psychologue Emmanuelle Rigon.

Pourquoi un jeune enfant a-t-il peur de se tromper ?

Emmanuelle Rigon : Lorsqu'un jeune enfant se trompe, il lui faut suffisamment d'intelligence pour trouver une autre solution. En général, chaque enfant possède cette intelligence, cette capacité à trouver la solution. Mais il lui faut aussi assez de confiance en lui pour recommencer une action dont le résultat était décevant ou difficile à vivre.

Ceux qui souffrent d'un manque d'estime de soi peuvent se limiter, et freiner toute envie d'explorer le monde. Ils mettent même en place des mécanismes dits d'évitements : ne rien faire, c'est éviter de rater ou éviter de se faire corriger… Ainsi ils ne prennent pas leur supposée incompétence en plein visage !

D'autres sont si inquiets de ne pas être à la hauteur qu'ils se mettent en rage au premier “ratage” : ils déchirent leur dessin parce qu'il n'est pas comme ils aimeraient qu'il soit.

D'autres encore en font trop. Ils rabâchent : “Moi, je sais, moi, je sais !” Ces vantardises cachent aussi une grande insécurité sur le sentiment de leur propre valeur. Ils ne sont pas prêts à remettre en question leur savoir, quand ils se frottent au monde, lors des apprentissages… Ce qui peut être un handicap ! 

Toutes ces variétés d'attitudes, de comportements, peuvent être interprétées comme une estime de soi vacillante.

 

Le 30 octobre 2013 
Emmanuelle Rigon, propos recueillis par Sophie Chabot, pour le Cahier parents de Pomme d'Api

 

Laissez votre enfant se tromper !

Quand votre enfant fait une erreur, inutile de vouloir la réparer tout de suite à sa place. Ayez confiance, un petit a suffisamment d’imagination pour trouver d’autres solutions, et c’est justement en surpassant lui-même ses erreurs qu’il apprendra à grandir. Les explications et les conseils de la psychologue Emmanuelle Rigon.

Comment aider un enfant à consolider la confiance ou l’estime de soi ?

Emmanuelle Rigon : La confiance d'un enfant ne naît pas avec les premiers instants de sa vie. Elle se bâtit en interaction étroite avec ses parents. Plus ils lui font confiance, l'encouragent dans son exploration du monde, plus l'enfant a de chances de consolider sa confiance en lui.

J'ai observé, dans un jardin d'enfants, deux petits garçons en train de construire une tour avec des cubes, un exercice parfaitement adapté à leur âge. Les deux mamans étaient présentes, assises auprès d'eux. L'une n'est pas du tout intervenue, mais l'enfant sentait sa présence tranquille à ses côtés. La deuxième maman n'a pas pu s'empêcher de donner un coup de pouce, dès qu'un cube était en déséquilibre. 

Résultat : la plus belle tour fut exécutée par le premier enfant ! Il y a eu plus de cafouillages, d'énervements, dans la construction de la seconde tour.

Le premier enfant s'est senti assez libre pour penser et créer ses solutions. Sa mère semblait confiante dans ses compétences à construire cette tour. Sa présence était, me semble-t-il, nécessaire : il se tournait vers elle régulièrement. 

L'attitude plus interventionniste de la seconde mère est parfaitement compréhensible, elle découlait d'une bonne intention. Elle voulait lui éviter une déconvenue ; ce n'est pas drôle une tour qui tombe ! Peut-être avait-elle peur qu'il abandonne ? 

Mais son attitude signifiait – sans que la maman en ait conscience – qu'elle doutait que son enfant s'en sorte seul.

Ainsi, ce qui va aider l'enfant à bâtir sa confiance en lui dépend aussi du degré d'exigence des parents. Si l'attente parentale est trop forte (on a tous une image idéale de l'enfant rêvé), alors l'adéquation sera d'autant plus difficile à atteindre et le petit enfant risque fort de douter de son aptitude à “bien faire”. 

Au contraire, si ces demandes tiennent comptent des capacités réelles de l'enfant, si elles s'appuient sur ce qu'il sait déjà faire ou connaît, alors l'enfant se sentira en confiance : il progressera plus sereinement.

Bien sûr, il est difficile à un parent de doser, d'ajuster, de réévaluer sans cesse les capacités (ou compétences) de son enfant qui grandit. Mais chaque parent doit trouver la juste attitude entre trop demander ou au contraire tout faire à la place de son enfant, à seule fin de lui éviter la moindre blessure narcissique. 

Et surtout, les parents doivent accepter que leur enfant ne réussisse pas forcément du premier coup, et qu'il a le droit de se tromper !

 

L’erreur n’est pas un échec

Il n’y a pas d’apprentissages sans erreurs ! En maternelle, certains petits ont du mal à le comprendre et redoutent de décevoir les attentes de leur enseignant ou de leurs parents. Comment les aider à se rendre compte que se tromper les aide à progresser ? Les conseils de la psychologue Emmanuelle Rigon.

Comment réagir quand un enfant en maternelle rapporte sur son cahier une petite grimace en guise d’évaluation ? 

Emmanuelle Rigon : Les parents ne doivent pas se laisser affecter dans leur amour-propre par une évaluation peu flatteuse : l'enfant guette attentivement sur le visage de ses parents, dans leurs paroles, leurs réactions. On peut noter la petite grimace, lui en parler sans dramatiser.

C'est à ce moment-là que l'enfant apprend qu'une erreur n'est pas un échec, c'est-à-dire une remise en cause de lui et/ou de ses capacités, et encore moins une faute qui est un jugement d'ordre moral. L'erreur est un moyen de mieux comprendre et d'avancer.

Plus généralement, le jeune enfant, devenu un petit écolier, sent bien qu'on lui demande de faire la preuve de ses compétences. 

Celles-ci sont évaluées sans que l'enseignant tienne forcément compte de son histoire propre, de tout ce qu'il a déjà réussi, comme peuvent le faire ses parents. Il est “noyé” dans la masse de ses camarades.

C'est aux parents de distinguer l'enfant de l'élève, en relativisant les résultats scolaires. Ce n'est pas LUI qui est jugé, mais son savoir ou ses compétences sur tel domaine. 

Essayer de comprendre avec lui ses erreurs, les interpréter, peut aider l'enfant : est-ce de l'étourderie, un manque d'intérêt, une mauvaise compréhension de ce qu'il fallait faire ? 

Enfin, toujours valoriser ce qu'il sait déjà faire et l'encourager à essayer encore permet de renforcer le sentiment de sa propre valeur qui fait parfois défaut à l'enfant.

 

Comment lui apprendre à faire ses lacets ?

Même si certains enfants ont du mal à le comprendre, il n’y a pas d’apprentissages sans erreurs ! Cela se vérifie à l’école mais aussi dans la vie quotidienne, en apprenant, par exemple, à nouer les lacets de ses chaussures… ce qui n’a rien de simple. Démonstration d’André Giordan, agrégé de biologie.

Un enfant peut-il apprendre sans se tromper ?

André Giordan : Il n'apprend réellement qu'en se trompant ! Prenons l'exemple d'un jeune enfant qui apprend à lacer ses chaussures. Ce nœud est pour lui très compliqué : de deux bouts de ficelles lâches, il doit faire un nœud qui tient solidement, mais qu'il pourra, grâce aux boucles, défaire facilement. 

Spontanément, l'enfant va prendre un bout, enrouler l'autre autour. Voilà ! Il a déjà observé le geste d'un adulte, il l'a imité, comme dans son souvenir… grosso modo. Pour l'instant, il croit avoir réussi : les deux bouts tiennent ensemble ! Mais à peine fait-il un pas… qu'il perd sa chaussure et manque de tomber. Désagréable expérience !

Quelles sont les attitudes qui s'offrent à lui ?

- Soit il abandonne : il ne se sent pas encore prêt à apprendre. Il va demander à un grand de lui faire son nœud… L'apprentissage est différé.

- Soit il se dit : “Pourquoi ça se défait ? Peut-être que je me suis trompé quelque part ? Les lacets doivent s'enrouler ensemble différemment.”

Dans cette seconde attitude, l'enfant accepte qu'il y a eu une erreur de sa part, et surtout, que l'erreur est un outil pour comprendre ce qui ne va pas et donc modifier ses gestes en fonction.

L'enfant, comme un scientifique, va se mettre à expérimenter plusieurs hypothèses (ce lacet au-dessus, l'autre lacet au-dessous, etc.). Il tâtonne, il teste avec cet “essai-erreur-rectification” réitéré… Il y est presque.

 

Comment aider, efficacement, un enfant à apprendre ?

Même si certains enfants ont du mal à le comprendre, il n’y a pas d’apprentissages sans erreurs ! Cela se vérifie à l’école mais aussi dans la vie quotidienne, en apprenant, par exemple, à faire les nœuds des lacets de ses chaussures… Comment l’adulte doit-il intervenir ? Les conseils d’André Giordan, agrégé de biologie.

Quand il n’arrive vraiment pas à nouer ses lacets, l’enfant peut interroger un adulte…

André Giordan : Là, les choses peuvent se corser, car l'adulte va aussitôt montrer l'ensemble des gestes. “Hop ! Tu fais comme ci, hop ! Tu fais comme ça !”L'enfant va répéter… et ne pas y arriver forcément. 

L'adulte va recommencer illico à raconter et montrer ce qu'il considère comme “les bons gestes”. Mais ce n'est pas en lui demandant de mémoriser cet ensemble de gestes que l'enfant va forcément comprendre et trouver SA solution (ou apprendre).

Dans ce type d'apprentissage, l'adulte peut répéter indéfiniment… et l'enfant répéter indéfiniment ses mêmes erreurs. Ici, l'erreur, au lieu d'être un outil d'ajustement dans l'apprentissage, devient une énorme source d'énervement. 

Car à cette surcharge d'informations vient s'ajouter une saturation émotionnelle : l'enfant s'épuise et immanquablement va se tromper et inévitablement désespérer, jusqu'à jeter l'éponge.

Alors comment l’aider à apprendre ?

Peut-être que l'adulte doit déjà observer comment l'enfant croit savoir faire les nœuds. Voir où il en est dans ses erreurs. Lui demander simplement : “Pourquoi as-tu fait comme ça ? Est-ce que tu as essayé de le faire autrement ?”

Peut-être pointer avec lui ses erreurs, car dans toute aide à l'apprentissage, il nous faut reconnaître le “mauvais savoir” de l'apprenti, pour le déconstruire. Mais à la condition que ce travail de “sape” s'accompagne en parallèle d'une promesse de construction d'un autre savoir qui fonctionne (et qui est donc plus valorisant).

C'est vrai qu'il est difficile de faire comprendre à l'enfant qu'en abandonnant les “mauvais gestes”, il peut acquérir des gestes plus efficaces. Difficile de le conforter dans son désir de faire tenir solidement ensemble ses deux satanés lacets – malgré ses échecs – afin qu'il ne tombe plus dans la cour. 

Ce qui est sûr, c'est que sa soif d'apprendre doit rester intacte (on ne fait pas boire un cheval qui n'a pas soif !). Et un adulte ne peut pas apprendre à la place de l'enfant !

 

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03-06-Peur du noir

Petites et grosses peurs font partie du quotidien de votre enfant, et marquent souvent des étapes importantes de son développement entre 3 et 6 ans. Explications et conseils de Nicole Prieur, psychothérapeute, pour aider votre tout-petit à les apprivoiser afin qu’elles ne l’empêchent pas d’avancer.

Votre enfant a peur du noir

Ce qui se passe dans sa tête

La plupart des enfants connaissent une période où ils ont peur du noir. Dansl'obscurité, le moindre petit bruit peut devenir inquiétant, les contours des meubles prennent des allures étranges : rien de tel pour alimenter l'imagination bouillonnante de votre tout-petit et voir desmonstres partout ! 

Et pour peu qu'il soit perturbé par une mésaventure à l'école, un conflit avec un frère ou une sœur, un nouvel apprentissage qu'il a du mal à maîtriser, et ses angoissesseront exacerbées par le noir.

Comment l’aider ?

Cette peur-là étant très irrationnelle, des mots ne suffiront pas toujours à lerassurer. Essayez plutôt de vous appuyer sur son imagination positive : “Est-ce que tu crois que si l'on pose ton robot Hector sur ta table de nuit, cela pourrait t'aider à avoir moins peur ?” Écoutez ses suggestions et suivez-les. 

S'il la réclame, il n'y a aucun inconvénient àutiliser une veilleuse. Dès qu'il sera moins soumis aux débordements imaginaires, vers 6 ans, il s'en passera de lui-même.

Votre enfant a peur des gens qu’il ne connaît pas

Ce qui se passe dans sa tête

Rien de plus normal que d'adopter une certaine prudence envers les inconnus : ne lui avez-vous pas appris à ne pas les écouter ou les suivre ? Mais certains enfants vont plus loin dans l'application de cette saine règle et se montrent rétifs à lier toute nouvelle connaissance. Peut-être avez-vous vous-même du mal à vous ouvrir aux autres et ne fait-il que reproduire votre attitude ? 

Autre hypothèse : il ne maîtrise pas les codes pour entrer en relation, ne sait pas comment se comporter en présence de nouvelles têtes. Enfin, il est peut-être dans une période où l'exclusivité avec ses parents le comble et il ne souhaite pas être dérangé dans son cocon par des intrusions extérieures !

Comment l’aider ?

Votre enfant a surtout besoin que vous l'initiiez aux relations sociales. Il attend que vous l'aidiez en lui donnant chaque fois que c'est possible un petit mode d'emploi. Par exemple, quand une de vos amies vient pour la première fois à la maison, jouez la médiatrice : “Je crois que mon amie Sophie serait très contente que tu lui fasses un bisou, ou un joli dessin.” 

Votre manière d'être vis-à-vis des autres va aussi l'influencer : si, pour vous, uninconnu est d'abord dangereux, les voisins ou les parents des petits copains surtout des envahisseurs casse-pieds, votre enfant aura raison de se méfier de quiconque !

 

Votre enfant a peur des bruits forts

Ce qui se passe dans sa tête

Un marteau-piqueur, le camion poubelle, il n'en faut pas plus pour faire sursautervotre enfant. L'origine de sa peur est souvent la méconnaissance, surtout vers 3 ans : il n'est pas capable d'identifier ce fracas tonitruant, ne sait pas mettre des mots précis dessus. 

Certains enfants ont aussi un sens de l'ouïe particulièrement développé, ils ont tendance à percevoir les sons fortement. Cette hypersensibilité les rend très réactifs, même nerveux. Et puis s'il est concentré sur un jeu, un bruit fort et dérangeant sera vécu comme uneintrusion dans son petit monde intérieur.

Comment l’aider ?

Aidez-le à nommer le bruit, fournissez-lui des explications. Ce qu'on vient d'entendre, c'est un marteau-piqueur, une machine qui sert à faire des trous dans les trottoirs ou les routes. Rassurez-le aussi sur le fait qu'il est en sécurité chez lui, que ce qui se passe à l'extérieur, même impressionnant, ne le menace pas : “Sois tranquille, le camion poubelle ne va pas entrer dans la maison !”

Votre enfant a peur des grands à l’école

Ce qui se passe dans sa tête

Le contraire serait assez étonnant ! Comment en effet ne pas redouter ceux qui sont plus grands et plus forts que lui, et ne se gênent pas pour exploiter cette supériorité en faisant peur aux plus jeunes.

Comment l’aider ?

Plutôt que de le plaindre, dites-lui que les grands n'ont pas le droit de faire du mal aux petits et que les maîtresses sont là pour le protéger et garantir l'ordre à l'école. Et puis aidez-le à relativiser les tentatives d'intimidation : un grand qui s'amuse à faire peur à un plus petit n'est pas vraiment courageux, même un peu ridicule. Enfin, entretenez l'espoir : dans un an ou deux, lui aussi sera un grand, et, alors, il prendra la défense des petits !

Votre enfant a peur du tourniquet, de la balançoire

Ce qui se passe dans sa tête

Toboggan, tourniquet, balançoire sont des jeux qui provoquent des sensations fortes, voire désagréables, comme le tournis ou la nausée : certains enfants n’apprécient pas.L’appréhension peut aussi provenir d’un manque de confiance dans son corps : en situation de déséquilibre, de hauteur, de glissade, votre tout-petit ne sait pas vraiment comment se comporter, s’adapter.

Comment l’aider ?

Sans jamais le forcer, proposez-lui des expériences qui vont l’aider à se sentir plus à l’aise dans son corps, à mieux le maîtriser. D’abord un petit toboggan de trois marches, une balançoire sur laquelle vous le poussez tout en douceur. Faites-le monter sur le tourniquet à un moment où il n’y a pas d’autres enfants. 

Il pourra alors le faire tourner à son rythme. Le secret de la réussite d’une telle démarche est la progressivité – chaque fois un peu plus – et la patience !


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04-08-l'intimité pour les petits

Adultes, nous avons tous besoin d’intimité. Qu’en est-il pour les enfants ? Comment respecter leur pudeur et les aider à construire leur univers personnel ? Réponses de Jean-Luc Aubert, psychologue.

Un enfant a-t-il besoin d’un espace personnel ?

Jean-Luc Aubert : Oui, mais pas nécessairement d'un lieu à soi dès le plus jeune âge. Ce qui importe dans son développement, c'est la constitution d'un univers personnel à partir de repères matériels et concrets. Le berceau de l'enfant, son petit lit, constitue ainsi son premier espace “à lui”. 

Très vite, son doudou et ses jouets feront également partie de son univers individuel. Ces repères matériels contribuent à le rassurer par la constance de leur présence. Ce n'est que bien plus tard, à l'adolescence, que son petit monde s'étendra à un lieu comme la chambre. 

Ses repères matériels – ces objets que l'on peut attraper et toucher – s'intégreront alors à un véritable espace délimité. Ainsi, le respect de l'espace personnel d'un enfant passe avant tout par celui de ces choses qui sont “à lui”, et non dans la mise en place de frontières spatiales qui lui sont encore floues.

Quelle est l’origine de la pudeur ?

J.-L. A. : Bien qu'elle y soit plus tard associée, la pudeur ne dépend pas directement de l'élaboration d'un univers personnel rassurant. De 7 à 9 ans, l'enfant entre dans ce que l'on appelait autrefois “l'âge de raison”, c'est-à-dire la période où il prend davantage conscience d'une distinction entre lui et les autres. 

C'est à ce moment qu'il réalise également la différence entre son corps et celui d'autrui. Il peut alors avoir envie de fermer la porte de la salle de bains ou de s'isoler lorsqu'il se change : il ne veut plus qu'on le voie nu. 

Cela ne veut cependant pas dire qu'il a honte de son corps, mais qu'il a simplement besoin de se l'approprier, de l'apprivoiser. C'est là une attitude naturelle, dont les parents ne doivent pas s'inquiéter.

Est-ce cela “l’intimité” ?

J.-L. A. : La pudeur et le premier espace personnel d'un enfant sont les deux facettes originelles de cette notion que l'on appelle “intimité”. 

Bien qu'ayant différentes motivations, elles procèdent en effet toutes les deux au bon développement de l'enfant et formeront ensemble, chez l'adolescent, cet univers conceptuel qu'il désigne comme étant “son intimité”. 

Dans ce sens, il est important de bien comprendre et respecter ces “prémices d'intimité” que sont le besoin d'espace personnel et la pudeur des enfants, sans pour autant les confondre avec l'intimité elle-même.

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04-08-Colo: l'enfant est-il prêt ?

L’an passé, environ 1 million et demi d’enfants et ados sont partis en colo ou en séjour linguistique. Cette année, vous inscririez bien votre «grand» dans cette colo des Apprentis fermiers, mais n’est-il pas trop jeune ? Ce séjour est-il adapté ? Le tour de vos questions avec Dana Castro, psychologue*, et Frédéric Dauvé, formateur Bafa à l’UFCV**.

Comment savoir si mon enfant est prêt à partir ?

Le matin en arrivant à l’école, peut-il se séparer facilement, sans crise ? Joue-t-il avec des petits copains plutôt que seul dans son coin ? Apprécie-t-il de dormir chez ses grands-parents ? Est-il à l’aise dans les anniversaires ?  « Si tout semble affirmatif, alors oui, rassure Dana Castro, psychologue, il est prêt à vivre cette riche expérience. Suffisamment autonome, notamment sur le plan psychologique, votre enfant saura s’adapter aux situations nouvelles. Mais attention, à la condition que vous aussi, parents, vous vous sentiez prêts ! Il faut pouvoir l’encourager, lui faire confiance ainsi qu’aux éducateurs. C’est un acte éducatif de le laisser cinq jours sans vous. » Si vous ne le vivez pas dans cette optique, mieux vaut reculer l’expérience d’un an ou deux ans. Il n’y a aucune urgence à mettre votre enfant si petit en colonie.

A savoir : ce qu’on appelle « les colos » ou « séjours éducatifs » (sportifs, multiactivités, itinérants…) sont ouverts aux enfants à partir de 4 ans. Pour accueillir des enfants aussi jeunes, tout est adapté : les animateurs sont sélectionnés, les activités aussi. A cet âge-là, la durée de séjour recommandée est de 5 à 7 nuits sur place. Cela permet de voir si l’enfant pourra, ensuite, partir pour des séjours plus longs.

Doit-il choisir sa colonie avec moi ?  

«Un petit ne sait pas visualiser, se représenter les activités, répond Dana Castro. … Vous connaissez votre enfant mieux que personne. Vous savez par exemple, s’il se passionne pour les animaux. » Nombreux sont les organismes qui pour cette tranche d’âge proposent de s’occuper des animaux de la ferme ou de poneys. A moins que vous préfériez pour lui « un séjour autour du potager ». En plus votre petit naturaliste adore creuser et patouiller… Plus grand, vers 6-7 ans, vous pouvez choisir un séjour thématique comme « Chevaliers et princesses », où il va jouer, bricoler, se déguiser ou encore « Coquillages et crustacés » pour prendre le grand air. Plus grand encore, vous pourrez discuter avec lui du type de séjour qu’il souhaite faire.

Comment trouver la bonne colo ?

Par le bouche-à-oreille ! Votre voisine a pu y envoyer l’année dernière son enfant qui est revenu enchanté. Si le directeur est le même, il y a de fortes chances que la colonie soit dans la même ligne. Votre mairie ou votre comité d’entreprise travaillent peut-être aussi régulièrement avec certains organismes. Inutile de l’envoyer à 500 kilomètres, mieux vaut rester dans votre secteur… 5 jours suffisent, 10 maxi s’il est déjà parti. N’hésitez pas à contacter l’organisme et à poser vos questions au directeur. Combien y a-t-il d’animateurs ?  1 pour 6 enfants ? Parfait ! La norme en exige 1 pour 8. Les chambres accueillent 6 lits ?  «Pour les petits, comptez 4 maximum, estime Frédéric Dauvé, formateur au Bafa, avant d’ajouter : « Ce qui fait la différence, ce n’est pas la surenchère d’activités mais la qualité de l’encadrement de l’équipe et son projet pédagogique. Comment s’occupe-t-on des enfants ? Dans nos cours de Bafa, on insiste sur les rythmes des petits, leurs besoins. On ne part pas sur des grands jeux de 45 minutes quand ils ne peuvent se concentrer que 20 minutes ! On apprend à être clair dans les consignes, à s’exprimer avec des couleurs plutôt que des lettres. Pour l’hygiène, on organise des petits jeux rigolos pour se brosser les dents par exemple… A cet âge il n’y a pas, comme pour les plus grands, d’obligation de séparer les sexes dans la chambre. Il faut respecter l’intimité de chaque enfant mais que les puissent communiquer, les tout-petits peuvent avoir peur la nuit ! » Certaines associations comme l’UFCV ont une charte… Pour vous rassurer, sachez que les accidents sont très rares.

*Dana Castro, psychologue clinicienne, vient de publier Petit silence et Petit mensonge, le jardin secret de l’enfant. Elle est également auteur de Ça va pas fort à la maison, aux éd. Albin Michel.
** Union française des centres de vacances et de loisirs, www.ufcv.fr

 

comment faire pour que ça se passe bien ?

Est-ce une bonne idée de préparer la valise avec lui ?

5 culottes, 5 paires de chaussettes, …  la colonie vous adresse une « liste conseillée ». Faire ensemble la valise est un bon moment pour le préparer et lui expliquer ce qu’il va faire : « des petites bottes, c’est mieux pour aller voir les animaux ! » N’oubliez pas de coudre son nom sur chaque article et de lui montrer ce petit repère. « Ce qui est important, ajoute Dana Castro, c’est de rassembler des objets auxquels il tient. Son doudou bien sûr, mais pas seulement. Et pas forcément votre photo, mais une figurine, son pyjama préféré… » Pourquoi a-t-il le blues, notamment le soir dans ces moments où il entre en lui-même ? questionne encore la psychologue : « Parce que cet univers étrange l’inquiète. Avec tous ces objets familiers, et des animateurs présents, qui savent repérer les petits anxieux et distribuer des câlins, il n’y a aucun souci à se faire !  »

J’ai peur d’avoir les larmes aux yeux sur le quai du train…

Ah non ! Pas de larmes, votre tout-petit est une éponge. Votre enfant partira serein s’il vous sent heureuse de le voir grandir. Ne cédez pas à la panique si vous avez l’impression que l’équipe n’est pas totalement à la hauteur le jour J… Très souvent le directeur est déjà sur place, d’autres animateurs sont sur le lieu… Essayez de créer un lien avec un enfant du même âge : « Tu vois lui aussi a un doudou lapin… » Ensuite un bisou, un petit signe de la main et hop, le train part…

Puis-je l’appeler tous les jours ?

Le plus souvent, vous avez le droit de l’appeler à condition de respecter certains créneaux horaires. « Mais je le déconseillerais, nuance Dana Castro. Cela peut créer des injustices. Un petit camarade peut se sentir abandonné… Ce qui peut être intéressant pour garder le lien, c’est que chacun, avant le départ décide de se faire un cadeau pendant le séjour. De votre côté, vous pouvez lui coller des images dans un cahier ou lui confectionner une petite poupée, une maquette d’avion… de son côté, il peut collecter un petit sac de souvenirs : une plume du poussin, un joli galet, une feuille… ou encore faire des dessins… Ainsi votre enfant est dans l’action, il positive la séparation, anticipe son retour avec douceur… »

Et lui écrire ?

Oui, envoyez-lui des cartes… avec des chatons, par exemple. Le message principal ? On est fier, tu es grand, tu nous raconteras à ton retour. « Calez-vous sur des petites anecdotes, précise la psychologue. « Ce matin, la boulangère m’a dit : mais il est où Théo ?  Et j’ai répondu : en colonie. Elle a dit : Quelle chance vous avez d’avoir un grand garçon comme ça… » « Ecrivez ce que vous voulez… tant que ça sert à votre enfant ! » s’amuse Dana Castro. Inutile de rajouter : « Tu me manques et tout le monde déprime ». N’hésitez pas à le faire rêver un petit peu sur son retour : « J’ai vu quelque chose qui irait bien dans ta chambre… Surprise ! »  Mais attention, ne changez quand même pas tout le mobilier en son absence !

Si ça ne se passe pas bien ?

Malgré vos précautions, il peut arriver – à la crèche, à l’école comme en colonie – un accident de parcours… «Le pire serait pour lui de vivre un moment de solitude ou de honte… même si je n’imagine guère un animateur se moquer de son pipi au lit ! » Inutile d’anticiper avant son départ des faits qui à 99 % ne risquent heureusement pas d’arriver en lui disant : « Appelle-moi que si c’est grave… » A 4 ans, avoir un peu de blues le soir, c’est grave ! L’important en colonie, comme ailleurs, est de pouvoir dédramatiser une expérience désagréable. « Par exemple, en lui racontant à son retour une aventure similaire qui vous est arrivée, confie Dana Castro. Ou à son tonton quitte à broder un peu : il faut que l’anecdote concerne une personne du même sexe et du même âge… » Si les choses étaient plus graves — fait rare tant les lieux sont contrôlés aujourd’hui – il est important pour votre enfant de sentir qu’il est compris, secouru et que même il peut agir après coup en parlant ! « Tu vois, grâce à toi, cette personne ne s’occupera plus des petits… » « Mais insiste la psychologue, n’oubliez pas que les enfants entre eux ont une immense capacité à se soutenir, à se consoler quand il faut, on les voit qui se tiennent par la main et passent du temps ensemble quand ils ont le blues… »

Au retour, je lui pose plein de questions… ?

Et vous serez peut-être déçue comme à la sortie de l’école quand votre tout-petit n’est pas trop bavard. Ses progrès parleront pour lui… Vous serez heureuse de constater combien il a gagné en autonomie. A vous de verbaliser là encore le souvenir, pour que définitivement l’expérience soit très valorisante…

*Dana Castro, psychologue clinicienne, vient de publier Petit silence et Petit mensonge, le jardin secret de l’enfant. Elle est également auteur de Ça va pas fort à la maison, aux éd. Albin Michel.
** Union française des centres de vacances et de loisirs, www.ufcv.fr


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04-10-les copains

La récréation n'est pas seulement un moment de détente et de dépense physique. C'est aussi une microsociété où les enfants apprennent à vivre ensemble en édictant leurs règles.

De génération en génération, les récrés se ressemblent 

Au début, on se dit que c'est bien loin. Trop loin. Et puis, avec un petit effort, la mémoire revient, les images gagnent en netteté. 

Et l'on se souvient, tout adulte que l'on est, des cours de récréation que l'on a traversées, enfant. De ce jour où l'on attira tous les regards en remportant un plein sac de billes ou en sautant, plus longtemps que tout le monde, à la corde. De ce recoin où, à l'abri du regard des adultes, on s'échangeait confidences ou “cocards”, selon la qualité de l'interlocuteur et le sujet abordé. Et l'on sent bien, confusément, qu'on a là beaucoup appris sur le monde en général et le rapport aux autres en particulier.

L’enfant se construit au regard de l’autre 

Auteur de Récréations, un documentaire qui fit longtemps référence auprès des enseignants et des psychologues, Claire Simon a su capter cet univers de la cour de récré, où les enfants semblent hésiter entre s'aimer et se malmener. 

La dernière séquence, mettant en scène une petite fille tentant de s'élancer, comme ses copines, depuis un banc, montre bien que derrière les jeux se cachent de grands enjeux. Paralysée par la peur et le manque de confiance en elle, cette petite fille ne tente pas seulement de sauter pour se prouver qu'elle peut le faire, mais avant tout pour faire comme les autres (qui oscillent entre encouragement et dénigrement) et être acceptée par le groupe.

Le besoin d’être ensemble

“Dans la cour de récréation, les enfants apprennent à vivre ensemble et mettent en place des règles sociales”, explique Julie Delalande, ethnologue, auteur d'un ouvrage passionnant sur l'univers des récréations en classes maternelles et primaires : La récré expliquée aux parents

On peut s'étonner que ce besoin d'être ensemble soit aussi prégnant dès la maternelle. Pour Julie Delalande, la réponse est évidente. “Les enfants voient bien qu'on vit en société, ils n'imaginent pas un autre modèle, explique-t-elle. Et puis, en restant seul, on risque de s'ennuyer ou de se faire embêter.”

 

La cour de récré : une microsociété

La récré est la première grande école de rapport à l'autre. Plus qu'un terrain de jeux, elle est le premier contexte de socialisation de l'enfant, où chacun doit savoir trouver sa place.

Une bonne socialisation : le signe d’une bonne santé psychique

“L'entrée en maternelle est un moment de grande socialisation, explique la psychologue clinicienne Béatrice Copper-Royer, auteur de Peur du loup, peur de tout. Petit à petit, les enfants découvrent le plaisir de la relation aux autres. Cette bonne socialisation est d'ailleurs le signe d'une bonne santé psychique. C'est à ce moment que l'on repère les timides à l'excès, les agressifs, les craintifs… 

Ceux qui réussissent à bien s'entourer y gagnent de la confiance en eux et une image valorisée. Mais certains peuvent être rejetés, servir de souffre-douleur. Si un enfant se met à s'exprimer sur le mode de la plainte, les adultes devront faire preuve de discernement, montrer qu'ils sont à l'écoute.”

Un groupe et son leader

Cet apprentissage de la vie en groupe se fait au cœur d'un système plus organisé qu'il n'y paraît. “A la maternelle, c'est une structure hiérarchique, un modèle autoritaire où le groupe est dominé par un leader”, analyse Julie Delalande, ethnologue. 

Dans son ouvrage, La récré expliquée aux parents, l'ethnologue met en évidence le processus par lequel cette microsociété s'organise. “Les enfants découvrent le plaisir du jeu collectif mais apprennent aussi qu'il suppose des efforts pour être et agir ensemble”, note-t-elle.

Chacun peut s’y retrouver 

L'imitation est l'une des principales clés du rapprochement : en faisant comme l'autre, on s'en fait accepter. Il faut donc des enfants qui mènent, et d'autres qui suivent. Il ne suffit pas au leader de se faire respecter sur le plan physique. Il doit aussi être inventif pour fédérer. 

“Les suiveurs trouvent aussi leur compte dans cette relation, poursuit Julie Delalande. Ils gagnent une place dans le groupe, et si le leader est bon ils peuvent trouver agréable de se laisser guider par quelqu'un de créatif qui apporte la joie dans le groupe.”

 

Le 21 janvier 2014 
Arnaud Schwartz - La Croix

En primaire : une organisation plus égalitaire

En primaire : l’identité sexuelle des enfants s’affirme

Le type d'organisation que l'on trouve à l'école maternelle, à savoir celui de l'imitation ou celui de l'autorité, a tendance à s'estomper à l'école primaire, où les enfants, plus matures dans leur approche de l'autre, privilégient un système plus égalitaire. En revanche, filles et garçons ont tendance à se retrouver davantage entre enfants du même sexe à l'école élémentaire. 

Comme l'explique Julie Delalande, etnologue, “Les enfants de 4 ou 5 ans n'ont pas encore intégré les tabous et la pudeur liés à la confrontation à l'autre sexe”, tandis qu'à 8 ou 9 ans, “la séparation des sexes est plus marquée car ils se sont davantage approprié les rôles sexués de notre culture”.

Jeux : les grands classiques sont toujours là

Quand ils sont mixtes, les jeux semblent rarement dénués de connotations sexuelles : les garçons courent après les filles et doivent les attraper… Pour le reste, le schéma habituel, “c'est ballon – quand la cour n'est pas trop petite ”, billes ou course-poursuite côté garçon, corde à sauter, élastique, mais surtout discussion pour les filles”, note Stéphane, professeur des écoles en Picardie.

Les grands classiques, finalement, résistent plutôt bien aux nouveautés des fabricants de jouets qui, de saison en saison, envahissent les cours de récré avec plus ou moins de réussite.

Un climat qui change chaque jour

En plus de ces mécanismes profonds qui permettent de mieux appréhender le fonctionnement global d'une cour de récréation, les enseignants et surveillants qui la pratiquent quotidiennement y décèlent une ambiance, un état d'esprit général, qui varie de jour en jour sans qu'on en cerne tout à fait les causes. Stéphane, en charge d'une classe de CM2, appelle cela “le climat de cour”. 

“La plupart du temps, ce climat est assez bon, explique-t-il, mais certains jours, c'est littéralement électrique. Là, il faut être vraiment vigilant.” Car la cour, bien sûr, c'est aussi le lieu de la bagarre, avec sa fausse violence (“c'est pour de rire”) et ses vrais dérapages. Chacun, tout adulte qu'il est, en porte sans doute le douloureux souvenir.

 

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03-L'amour

Clerget: Vous pensiez être tranquille jusqu’à l’adolescence… Et voilà que votre enfant vous confie qu’il est amoureux ! Quelle est la nature de ses sentiments ? Est-ce une étape de son développement ? Et surtout, faut-il s’en mêler ? Nos spécialistes répondent.

Il est amoureux, il va falloir vous faire une raison !

Vous étiez habituée à être l’unique objet d’amour de votre enfant et, désormais, il ne vous parle plus que de l’élu(e) de son cœur… N’est-il pas un peu jeune pour débuter sa vie sentimentale ? Ne confond-t-il pas amour et amitié ? Pourtant, si vos interrogations sont tout à fait naturelles, ses sentiments ne font pas l’ombre d’un doute. Ils traduisent l’attachement exclusif qu’il ressent, confirme Dana Castro, psychologue clinicienne : «Un enfant tombe amoureux dans le sens où il va vouloir passer du temps avec un autre, jouer avec lui et créer une intimité. Il s’agit bien là d’une relation différente de l’amitié.» 
 

La maternelle, l’âge d’or des premières amours…

A partir de quel âge un enfant est-il susceptible de tomber amoureux ? Pour Stéphane Clerget, pédopsychiatre, la racine de ce sentiment remonte aux premiers mois de la vie : «L’attachement du nouveau-né envers la personne qui s’occupe le plus de lui, son père ou sa mère, peut être interprété comme une forme primitive de ce sentiment».

Dans les faits, il y a peu de chances pour que votre enfant soit amoureux, ou du moins vous en fasse part, avant son entrée à l’école maternelle, vers 3 ans. Il lui faut d’abord régler le complexe d’Œdipe, une attirance pour le parent de sexe opposé qui se manifeste généralement entre 3 et 5 ans et qui organise ses émotions affectives. L’étape du premier amoureux fait donc bel et bien partie du développement du jeune enfant qui n’est ni en avance ni une exception. La psychologue Dana Castro y voit même un signe de maturité affective : «Un enfant amoureux montre qu’il peut s’investir émotionnellement en dehors de la maison et qu’il est sensible à la relation avec l’autre.»
 

Un sentiment puissant

Qu’en est-il de l’intensité de ces sentiments ? Les enfants sont-ils capables de ressentir un amour comparable à celui que nous connaissons à l’adolescence, puis adulte ? Si dans l’intensité, ces amours d’enfance sont semblables à ceux que nous vivons en tant qu’adultes, ils se différencient par l’absence de désir et de projection. 

«Un enfant amoureux est capable d’aimer intensément et peut être sensible aux symptômes amoureux comme nous. En revanche, il n’aime pas avec la même maturité affective et sexuelle qu’un adulte et n’a pas la même capacité d’élaboration. Il ne va pas ressentir d’inquiétude liée à l’évolution de son amour car il ne se projette pas», analyse Stéphane Clerget. Un amour vécu au moment présent, loin des angoisses amoureuses qu’il connaîtra certainement dans quelques années…

Ce n’est pas obligatoire

Etape du développement, la découverte des sentiments amoureux n’est, en revanche, pas un passage obligé. Si votre tout-petit semble plus intéressé par ses camarades de jeux, inutile de vous inquiéter ! « Certains enfants vont préférer rester avec des copains du même sexe qu’eux et s’investir davantage dans des relations amicales. Cela n’a rien d’anormal», rassure Béatrice Copper-Royer, psychologue clinicienne.


Si votre enfant reste silencieux à ce sujet, il est aussi possible qu’il n’ait pas conscience des sentiments qu’il ressent. Ils ne sont pas si faciles à identifier, à mi-chemin entre l’amour et l’amitié : «Un enfant qui n’a pas d’amoureux peut avoir des attachements forts vis-à-vis de ses camarades, sans ressentir un lien exclusif et profond pour l’un d’eux, ou du moins ne pas en avoir conscience. Ce n’est pas parce qu’un enfant n’a pas les mots qu’il n’a pas les sentiments, et inversement», prévient Stéphane Clerget.

 

Comment y voir plus clair dans ce flou sentimental ? En attendant que votre enfant vous en parle. Si votre petit garçon ou votre petite fille n’a pas envie de satisfaire votre curiosité, respectez son jardin secret : «Je trouve cela plutôt sain lorsque des enfants n’ont pas envie de parler de leurs éventuels amoureux. Ils ont compris qu’il y a des choses qui ne regardent qu’eux et qu’ils ne sont pas obligés de les partager avec tout le monde. C’est une preuve de maturité», analyse Béatrice Copper-Royer.

 

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A 6-7 ans, les apprentissages priment…

Vers 6 ou 7 ans, votre enfant découvre la pudeur, physique et affective, ses amours se font plus discrets : «A cet âge, ils sont accaparés par les apprentissages qui prennent toute leur énergie. Leurs préoccupations ne sont plus amoureuses. Cela réapparaîtra à partir du CE2, surtoutchez les filles», note la psychologue Béatrice Copper-Royer.

 

Il arrive aussi que cette pause émotionnelle n’intervienne pas et que l’amour résiste au temps qui passe, souvent au grand étonnement des parents : «Depuis la maternelle, Léana est amoureuse de Karl. Elle m’en parle beaucoup et elle se projette déjà : ils habiteront à Paris et auront deux enfants», explique Sabrina, maman de Léana, 7 ans. Des confidences parfois désarmantes de certitude… à accueillir avec de la mesure, sans jamais dénigrer les sentiments de son enfant. Sabrina a trouvé ce juste équilibre entre écoute et distance : «Quand Léana me parle de Karl, je la mets en garde en lui disant qu’elle ne se mariera peut-être pas avec lui, mais je la laisse aussi un peu rêver car cela ne tourne pas à l’obsession. Parfois, elle accepte d’être l’amoureuse d’un autre garçon pendant quelque temps, même si elle revient rapidement vers Karl car les autres ne sont jamais assez bien…»

L'apprentissage du chagrin aussi

Qui dit histoire d’amour dit parfois peine de cœur. Une déconvenue qui peut être douloureuse pour votre enfant, surtout s’il s’agit d’un amour de longue date. Pour l’aider à surmonter sa peine, il est essentiel que vous la reconnaissiez sans la dévaloriser : «En tant qu’adulte, vous n’aimeriez pas entendre que ce n’est pas grave et que vous allez retrouver un(e) amoureux/se, votre enfant non plus. Il a besoin d’être rassuré et entouré», conseille Stéphane Clerget.

 

«Pour l’aider à faire face à son chagrin, vous pouvez prendre exemple sur des histoires que vous avez vécues. Comprendre qu’il n’est pas le seul à ressentir cela peut le rassurer», ajoute Dana Castro. Un chagrin d’amour douloureux, mais qui n’est pas toujours qu’une mauvaise expérience. En prenant conscience que les autres ne l’aimeront pas toujours forcément en retour, votre enfant grandit : «A travers ces frustrations, l’enfant va prendre conscience qu’il n’est pas tout puissant. Une déconvenue amoureuse ou amicale, si elle est bien accompagnée par les parents, lui permettra de vivre plus facilement les déceptions de sa vie future»,  explique Stéphane Clerget.


Le premier amoureux donnerait-il le ton de notre future vie sentimentale ? Heureusement, non ! «Les premières expériences amoureuses sont importantes, mais il ne faut pas leur donner plus de poids qu’elles n’en ont. Les deuxième et troisième histoires d’amour en auront aussi, quel que soit l’âge auquel elles arrivent. Une mauvaise expérience peut se rattraper avec les suivantes et inversement», rassure le spécialiste.

 

Seule certitude concernant les amours d’enfance : leur empreinte sur notre mémoire émotionnelle et affective : «Ce premier amoureux nous marque car c’est la première personne qui nous détourne de l’amour que nous portons à nos parents», conclut Béatrice Copper-Royer. Une raison de plus de le prendre au sérieux.

 

Le 5 avril 2014 
Stéphanie Letellier
© Enfant magazine


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