2018-Richard Davidson: Les émotions

Sciences et avenir 12/2018

RICHARD DAVIDSON PROFESSEUR DE PSYCHOLOGIE ET PSYCHIATRIE À L'UNIVERSITÉ DU WISCONSIN À MADISON (ÉTATS-UNIS), FONDATEUR DU CENTER FOR HEALTHY MINDS.
« Notre environnement façonne notre façon de réagir » Selon vos travaux, nous aurions chacun un

«profil émotionnel » à six composantes (résilience, perspective, conscience

de soi, sensibilité au contexte, attention, intuition sociale). 

Est-il génétiquement déterminé ?
En partie. Il y a clairement une contribution génétique à notre style émotionnel, mais celle-ci dépend

aussi beaucoup de notre environnement (style

de vie, éducation...). Par exemple, notre laboratoire a montré, après avoir suivi sur plus d’une décennie

le parcours de 77 enfants très inhibés, désinhibés

ou intermédiaires, qu’ils pouvaient changer de comportement. Un enfant qui a une prédisposition génétique à la timidité

— ce qui le rend moins résilient — peut devenir sociable à l'adolescence et à l'âge adulte, à condition que ses parents ne

le surprotègent pas mais l'incitent au contraire

à avoir des interactions avec d'autres enfants.
Lenvironnement ne se contente pas de façonner le comportement, ni même les fonctions cérébrales :

il affecte aussi le degré auquel les gènes sont activés ou désactivés. Et il détermine ainsi quels traits nous exprimons — ou non — parmi ceux dont nous avons hérités.
Comment avez-vous découvert que l'on pouvait modifier son style émotionnel?

Grâce à nos études sur l'impact des pratiques de méditation. Nous avons observé qu'entraîner ainsi son cerveau modifie les comportements

et certaines fonctions cérébrales. Et ce au sein de circuits cruciaux pour les styles émotionnels.
Nous savons que ces circuits sont plastiques, ils peuvent donc

changer en réponse

à l'entraînement et

à l'expérience. Il est

ainsi possible, par la méditation dite de pleine conscience, d'augmenter sa résilience, c'est-à-dire la rapidité avec laquelle on récupère face à l'adversité. De fait, chacun peut en partie façonner intentionnellement et

de manière plus positive le fonctionnement de son cerveau.
Pourquoi pensez-vous qu’il est important d'étudier cette capacité de régulation émotionnelle ?
Très tôt, j'ai été frappé par la diversité des réponses de chacun face aux défis de la vie. Et de l'impact de celles-ci sur le bien-être. En outre, mieux contrôler son esprit n'a jamais été aussi important qu'aujourd'hui! Nous sommes confrontés à une densité d'informations sans précédent en raison de la diffusion d'Internet et des appareils mobiles.
Les utilisateurs d'iPhone consultent par exemple leur téléphone en moyenne 80 fois par jour! Notre esprit est comme « piraté » par ces informations, ce qui peut mener à des dysfonctionnements dans notre capacité d'attention.
Par ailleurs, les médias nous exposent en continu à des informations majoritairement négatives. « Recalibrer » son cerveau en prêtant attention aux choses positives relève donc de la santé publique. Je suis même partisan d'intégrer l'apprentissage au selfcontrol émotionnel dans les écoles, pour que chacun dispose des clés nécessaires dès le plus jeune âge. =

Propos recueillis par E. S.


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