Universitaires: Jocelyn Lachance (Jeunesse)

la généralisation de l’expérimentation comme modalité du devenir adulte (...)

Les sociétés hypermodernes ont entraîné une responsabilisation croissante de l’individu à qui incombe désormais le devoir de s’affirmer dans l’action pour exister au regard des autres (Ehrenberg, 1995). Il ne s’agit plus, comme autrefois, de s’identifier simplement à des figures d’autorité ou de suivre le chemin tracé par ses aînés, mais plutôt de construire son existence, de tenter son destin et d’affirmer la valeur de choix présentés comme les indices d’un parcours que l’individu voudra original, singulier. Cette caractéristique de la construction de l’identité est particulièrement visible et significative à un moment de la vie où il s’agit précisément de prendre son existence en main. L’adolescence n’est alors plus seulement un temps d’indétermination identitaire, un entre-deux entre le temps de l’enfance et celui de l’adulte. Elle n’est plus uniquement une période de formation ou de préparation à l’entrée dans la vie. L’adolescence se caractérise désormais par la nécessité de faire soi-même des choix, d’où la généralisation de l’expérimentation comme modalité du devenir adulte depuis plusieurs années (Galland, 2011) : il s’agit alors de s’éprouver dans différentes situations, différentes relations, de tester des hypothèses de vie, avant de se positionner, d’effectuer des choix fragiles car toujours réversibles. Ainsi l’adolescence hypermoderne (Lachance, 2011) apparaît comme une variation parmi d’autres de l’individu hypermoderne (Aubert, 2006). Au cours de ce chapitre, nous verrons que le rapport au temps de ces adolescents hypermodernes est fortement lié aux modalités contemporaines de construction d’une identité devant s’adapter aux effets de l’accélération sociale.