Contribution de Jean Francois Batisse. nous invitant à surmonter le délinquant et approcher avec tact et retenue les personnes en difficulté.

C'est une question délicate dans la mesure où la jeunesse est une période de transition (dont l'adolescence est l'acmé) qui est donc nécessairement semée de difficultés.

En outre, les conditions de vie (je m'en tiens à la seule jeunesse occidentale, par facilité) sont souvent ardues : tous les observateurs s'accordent pour dire qu'un (bon tiers des jeunes vont < galérer > à l'école et, plus encore dans la recherche d'un emploi.

ll y a donc, pour les intervenants, un curseur à trouver entre l'interventionnisme et le laisser-aller... En particulier, une aide systématique n'est guère formative/formatrice. J'avance même l'idée qu'elle facilite la dépendance...

On le constate bien dans divers accueils sociaux. La prise en compte y est entendue comme une prise en mains, parfois... Bref, le mieux ici est plutôt l'ennemi du bien. ll est donc question de faire faire chaque fois que c'est possible, et non de faire à la place.

Ce constat nous assigne un rôle de partage, en quelque sorte. C'est à nous de voir, au travers des situations de difficulté vécues par un jeune, ce que celui-ci peut apprendre de celles-là (mieux: «  prendre »), en terme et en matière de citoyenneté, pour le dire vite. J'ai la faiblesse de penser que cette attitude devrait constituer une constante déontologique chez les adultes chargés d'une mission auprès des personnes en difficulté.

Par ailleurs, la sectorisation des intervenants socio-quelque chose est forte, trop forte (est-ce une marque franco-française ?...), et volontiers porteuse d'antagonismes, ceci expliquant cela. La parcellisation qui en résulte ne facilite pas l'éducabilité, on s'en doute... ll y a donc à avoir dans notre collimateur une visée moins singulière que plurielle. Je ne vois guère que ce soit le cas... Pourtant, juxtaposer nos attitudes et nos actions serait d'un autre poids !

Encore un mot sur ce sujet : une personne en difficulté réagit souvent plus qu'elle n'agit, nous connaissons tous ce mouvement. Or les mêmes causes n'entraînent pas les mêmes effets « ipso-facto » chez chacun. ll y a cependant chez les acteurs sociaux un risque d'amalgame entre le sujet souffrant et/ou violent, et l'objet de sa souffrance;

la spécialisation de leur formation professionnelle atteste le plus souvent de cet état de fait. A mon sens, il y aurait lieu de travailler à une complémentarité de regard, d'empathie, de connaissances, qui nous permette une approche plurielle, un recours plus global, une coordination. ll ne s'agit pas d'une polyvalence universelle mais d'une capacité commune.

On met trop souvent en avant le seul problème de l'incivilité du jeune, comme cela est le cas au tribunal... Or, un jeune violent c'est d'abord une personne dans son histoire avant d'être un auteur d'exaction. La reconnaissance - difficile, j'en conviens - de cette dualité facilite les choses et, surtout, donne crédit à l'intervenant. Cette connaissance de la globalité de l'humain est vraiment indispensable à tout travail (et travailleur) social.

 

 


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