La formation peut favoriser la rencontre entre les animateurs et les publics les plus marginalisés en rappelant à l'animateur la vocation de son action et en expliquant les processus d'asservissement.

Si l'on part de l'hypothèse, que certains jeunes ou groupes de jeunes, ont changé par rapport aux jeunes des années 90, qu’ils sont plus marginalisés, plus difficiles à intégrer dans des activités classiques, avec souvent peu de contacts avec les éducateurs ou animateurs du quartier, il faut envisager comment, dans la formation même des animateurs, apporter des contenus et des méthodes susceptibles d'aider les jeunes professionnels a rencontrer, inscrire dans des liens, ce public jugé plus difficile à rencontrer.

  1. Dans la formation, la première chose a rappeler est que le secteur de l'animation socioculturelle s'inscrit dans les visées de l'éducation populaire à savoir l'émancipation de l'individu et la promotion des groupes (enfants, Jeunes, adultes,) de façon à ce que ceux-ci puissent trouver leur place dans leur vie personnelle,sociale et politique et puissent assumer leur rôle d'acteur social en relation avec d'autres acteurs. En termes de formation, ces affirmations signifient qu'il est important de donner aux stagiaires des informations permettant de situer leur profession dans une histoire, à partir de repères suffisamment clairs concernant les principes et les missions de l'éducation populaire. On peut leur montrer en quoi la naissance de l'éducation populaire coïncide avec l'émergence du modèle républicain qui reposesur des individus capables d'autonomie, de choix, et de construire en citoyens libres la société dans laquelle ils sont inscrits. Ce modèle suppose que les adultes, parents, éducateurs, enseignants, animateurs... assument «  la protection des enfants contre le monde et la protection du monde contre les enfants «  selon la formule H.Arendt et la responsabilité de la transmission de la culture aux générations plus jeunes. (Un animateur, un éducateur, ne sont donc pas « des prestataires de services » ,'ils assurent une mission de service public éducative et sociale).

  1. Elles signifient aussi que la formation prévoit des contenus de sciences humaines et des compétences critiques se rapportant à la question de l'intégration sociale ,de l’exclusion,, du lien social, aux statuts et aux rôles sociaux et sur l'importance de l'éducation et de l'institution scolaire pour l'intégration des individus. Ces contenus visent la compréhension du monde tel qu'il est devenu, et celle des causes de sa transformation contemporaine. Cette analyse du contexte peut permettre de comprendre comment certains groupes se sentent marginalisés dans une expérience de l'exclusion qui est à la fois économique, sociale, et territoriale et en particulier quand ce sont des groupes de jeunes. Aux connaissances issues des sciences humaines, on peut ajouter des connaissances plus techniques concernant ce qu'est la ville, un quartier, les politiques de la ville, leur intérêt et leurs limites

  1. Par rapport au public visé, d'autres contenus sont aussi nécessaires. - eux aussi tirés des sciences humaines, ils concernent la connaissance de l'enfance et de la jeunesse, de même que celle de la place qui leur est faite par les adultes, dans l’espace public, par les institutions. Il s'agit ici d'apporter tous les éléments d'information et de compréhension permettant de déconstruire l'ensemble des discours stigmatisant les jeunes, les enfants, la jeunesse... et de mesurer l'impact qu’ils peuvent avoir sur l'expérience des jeunes eux-mêmes. Pour mieux comprendre l'expérience de la jeunesse, il faudrait amener les stagiaires à savoir repérer quelles sont les déterminants sociaux (et dans des situations concrètes) qui agissent sur les trajectoires des jeunes et les conduisent parfois au rejet du monde des adultes, à la rupture par rapport aux codes ordinaires, ou à la violence contre eux-mêmes ou contre les autres. Cet aspect peut être traité à partir d'apports théoriques et aussi à partir du travail de terrain en stage, ou d’ enquête (analyse des pratiques, analyse de situations, repérage des lieux, des trajectoires des jeunes dans un quartier, une ville...)

  1. les méthodes : Il est à peu près évident, étant donné le constat que l'on fait sur ces groupes de jeunes très marginalisés, que les méthodes classiques de l'animation ,de l'éducation, ne permettent pas d'approcher ces jeunes, d'entrer en contact avec eux, ou de susciter leur intérêt. On doit donc parier sur les capacités d'invention et d'imagination professionnelles en fonction de situations chaque fois singulières. Cela suppose pour les stagiaires et professionnels de savoir observer le quartier, les situations, les relations... de savoir écouter et entendre les paroles qui leur sont adressées pour pouvoir produire des propositions adéquates à telle ou telle autre situation.

La formation peut apporter des outils pour soutenir cette attention à l'observation et à l'écoute mais en rappelant toujours aux stagiaires qu’il n'y a pas de méthode toute faite, transposable à toutes les situations, et que tout au long de leur carrière professionnelle ils auront à « bricoler » pour trouver les attitudes les plus pertinentes en fonction des situations et de leur évolution.

On peut rappeler à ce propos l'importance du travail en équipe, de la confrontation des observations et des idées pour clarifier le plus possible la perception qu'on a d'une situation, d'un problème, ou « des gens » pour pouvoir proposer des actions adaptées et adéquates.

Il en est des capacités d'action comme des capacités d'observation, à savoir qu'il est nécessaire que les stagiaires maîtrisent des compétences techniques variées en animation, compétences disponibles, mais qu'ils sachent aussi que les techniques sont seulement au service de l'animation, qui elle vise les relations( le lien social, le mieux vivre dans son environnement ,son quartier, avec les institutions)

« L'action constitue chaque fois une expérience singulière, mais a une signification potentiellement universelle que chaque individu, chaque groupe peut retrouver pour son propre compte à partir du contexte dans lequel se trouve …. Celle-ci est avant tout mise en relation des personnes et co-définition d'un projet commun. La mise en relation des personnes vaut pour elle-même .Elle ouvre au pouvoir d'initiative de chacun... »(O.Petit et C.Degrenne)

Le modèle à retenir : le bricolage (au sens noble du terme) et la co-production de l’action,ce qui oblige à imaginer des propositions en fonction des intérêts des jeunes (mode de communication,objets culturels…)

Construire avec eux des moments, des espaces , des activités où ils puissent développer leur capacités et inventivité.

 

Actes du colloque conduit par l'institut régional du travail social le 28 et 29 mars 2000 à Rouen

 

L'indefinnissable identité des animateurs, Eric ROBINET

bibliographie:

  • GOFFMANN Erwing, Les cadres de l'expérience
  • DUBAR Claude, Sociologie des professions
  • FREYSSENET Michel, revue sociologie du travail HS 1994
  • FRIOT Bernard, La construction sociale de l'emploi
  • AUGUSTIN,GILLET L'animation professionnelle
  • POUJOL Geneviève, L'éducation populaire, 1981
  • LAVILLE et SAINSAULIEU, Sociologie de l'association 1997
  • MIGNON Jean-Marie, Le métier d'animateur, 1999.
  • REYNAUD Jean-Daniel, L'action sociale et régulation social, 1993
  • ROBINET Eric, Etude sur la compétence professionnelle des animateurs, 1998
  • Observatoire permanent des métiers de l'animation en Lorraine
  • BECKER Howard, "Outsiders"
  • BERGER et LUCKMANN "la construction sociale de la réalité", 1996
  • BESNARD Pierre, L'animation socioculturelle, 1980
  • DE QUEIROZ JM, "L'interactionnisme symbolique" PU Rennes, 1994
  • ION Jacques, "Le travail social au singulier", 1998.

L'identité professionnelle des animateurs, Jean-Claude GILLET

Quelles animations pour quelle(s) intervention(s) sociale(s) ?, Olivier DOUARD

L'introuvable statut de l'animateur, Francoise TETARD

 

 

 

 


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